Des féministes, des ONG, des associations s’outillent pour transformer le plaidoyer en levier de paix

À Atakpamé, début février, les murs du Roc Hôtel ont résonné de mots forts : pouvoir, justice, paix, féminisme. Pendant cinq jours, du 02 au 06 février 2026, des femmes et des hommes engagé·e·s de la société civile togolaise se sont retrouvé·e·s autour d’un même objectif : renforcer leurs capacités en approches féministes et en plaidoyer, afin de mieux peser sur les décisions publiques liées aux agendas Femmes, Paix et Sécurité (FPS) et Jeunesse, Paix et Sécurité (JPS).

Dans un contexte ouest-africain marqué par la persistance des crises sécuritaires, les femmes et les jeunes continuent de subir de plein fouet les effets des conflits armés, des violences basées sur le genre et de l’exclusion des espaces de gouvernance. Pourtant, sur le terrain, ce sont souvent elles et eux qui préviennent les tensions, maintiennent le dialogue et reconstruisent le lien social. Un paradoxe que cette formation a voulu interroger et transformer.

Organisé dans le cadre du projet « Pour des agendas féminiSTES Paix et Sécurité – Africaines de l’Ouest et du Sahel solidaires pour la paix », l’atelier a réuni des organisations partenaires du Togo, avec l’appui du consortium EQUIPOP – DIAKONIA – FAD – GORIN, en collaboration avec WANEP Togo. L’ambition était claire : outiller les acteur·rice·s féministes pour un plaidoyer plus stratégique, plus collectif et plus ancré dans les réalités locales.

Les deux premiers jours ont été consacrés aux approches féministes. Au-delà des concepts, les échanges ont permis de revenir à l’essentiel : analyser les rapports de pouvoir, comprendre les inégalités structurelles et reconnaître les expériences vécues des femmes comme des savoirs légitimes. Ici, le féminisme n’est pas apparu comme un slogan, mais comme une méthode de lecture du monde et un outil politique pour transformer les pratiques.

À partir du 04 février, place au plaidoyer féministe. Comment identifier les bonnes cibles ? Comment formuler des messages percutants sans invisibiliser les réalités des femmes ? Comment mobiliser les communautés, les médias et les décideurs autour d’enjeux souvent relégués au second plan ? À travers des travaux de groupe, des simulations médiatiques et l’élaboration de mini-stratégies, les participant·e·s ont exploré des réponses concrètes à ces questions.

La méthodologie participative a largement contribué à la richesse des échanges. Chaque organisation a apporté son vécu, ses réussites comme ses difficultés. Cette intelligence collective a permis de capitaliser des leçons apprises, de dégager des priorités communes et de renforcer les synergies entre acteur·rice·s engagé·e·s sur les agendas FPS et JPS.

Un accent particulier a été mis sur le rôle des médias et du storytelling féministe. Raconter autrement les luttes des femmes, sortir des récits victimisants et porter des narratifs de résistance et de leadership : autant de leviers identifiés pour influencer durablement les politiques publiques.

Au terme de la formation, les participant·e·s sont reparti·e·s avec bien plus que des outils techniques. Ils et elles repartent avec une vision partagée : celle d’un plaidoyer féministe ancré dans les réalités locales, porté collectivement et orienté vers un changement structurel. Des plans de restitution post-formation ont également été envisagés afin de diffuser les acquis au sein des organisations et des communautés.

À Atakpamé, cette formation a rappelé une évidence souvent négligée : il n’y aura pas de paix durable sans justice de genre. En misant sur les capacités des organisations locales et le leadership féministe, le projet trace les contours d’une action collective capable de transformer les agendas internationaux en réalités concrètes sur le terrain.